samedi 18 juillet 2015

Lisa BALLENTINE "'69 Eldorado" (19??, Bama Records)


Cité par un lecteur de la revue anglaise Flashback à la suite d'un dossier sur les singer-songwriters, voici l'unique (?) album de cette chanteuse américaine. Aucune information sur le net, et pas de date d'enregistrement sur le disque...
Quelques accents de Suzanne Vega country...
Quelqu'un en sait-il plus ?


Don't You Think That I Have Arrived

Flying Away


69 Eldorado

et la superbe Dreamer's Dream

10 commentaires:

Norm a dit…

Great blog. Is it possible for you to re-up Nadia Cattous "Earth Mother" or send a link to me at norm1219@comcast.net? Thanks MUCH!!

Anonyme a dit…

https://myspace.com/mattismyrland/music/song/my-weight-of-the-shame-89709696-99826178?play=1

non sequitur.

Starsailor a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Starsailor a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Starsailor a dit…

beautiful... what were the premises ?

Starsailor a dit…

Why send me this achingly beautiful song ?

Anonyme a dit…

because you like beautifully aching songs...and i told you, non sequitur.

Starsailor a dit…

et en plus je dois essayer de comprendre "non sequitur" dans ce contexte :-/

Anonyme a dit…

as bored as I am, here you go:

https://youtu.be/dsGODTySH0E?list=PL67VKSNJdY_XBvoFECHFKyesxnDhTVM8N

Starsailor a dit…

Enclin comme je le suis à l'ennui, il est curieux que je ne me sois jamais avisé, jusqu'à aujourd'hui, de me demander en quoi il consiste. Je me trouve vraiment aujourd'hui dans cet état d'âme intermédiaire où l'on n'a envie ni de la vie, ni d'autre chose. Et j'utilise cette idée soudaine - n'avoir jamais réfléchi à ce que c'était que l'ennui - pour rêver, mi-réflexions, mi-impressions, à l'analyse, toujours un peu factice, de ce qu'il peut être.

Je ne sais vraiment pas si l'ennui n'est que l'équivalent éveillé de la somnolence du vagabond, ou si c'est quelque chose, en fait, de plus noble que cet engourdissement. L'ennui est fréquent chez moi, mais son apparition - pour autant que je sache et que j'y aie prêté attention - n'obéit pas à des règles précises. Je peux passer un dimanche inerte sans le moindre ennui; je peux le ressentir brusquement, comme un nuage extérieur, alors que je me trouve en plein travail. Je ne parviens pas à établir de lien entre l'ennui et ma bonne ou mauvaise santé; je ne parviens pas à y reconnaître l'effet de causes situées dans la partie la plus évidente de moi-même.

Dire que c'est le masque d'une angoisse métaphysique, que c'est quelque grande déception inconnue, que c'est une sourde poésie de l'âme, affleurant, désenchantée, à la fenêtre de la vie - dire des choses de ce genre, ou d'autres semblables, peut colorier l'ennui comme font les enfants sur leurs dessins, dont ils finissent par dépasser et effacer les contours, mais cela ne m'apporte rien d'autre que l'écho de mots vides se répercutant dans les caves de la pensée.

L'ennui... Penser sans rien qui pense en nous, mais avec la fatigue de penser; sentir sans rien qui sente en nous, mais avec l'anxiété de sentir; ne pas vouloir, sans rien qui refuse en nous de vouloir, mais avec la nausée de ne pas vouloir - tout cela se trouve dans l'ennui sans être l'ennui, et n'en est que la paraphrase ou la métaphore. C'est, directement ressentie, l'impression que se dresse soudain le pont-levis, par-dessus les douves entourant le château de notre âme, et qu'il ne reste, entre le château et les terres avoisinantes, que la possibilité de les regarder, mais non celle de les parcourir. C'est un isolement de nous-mêmes logé tout au fond de nous, mais ce qui nous sépare est aussi stagnant que nous-mêmes, fossé d'eaux sales encerclant notre intime désaccord.

L'ennui... Souffrir sans souffrance, vouloir sans volonté, penser sans raisonnement... C'est comme une possession par un démon négatif, un ensorcellement par quelque chose d'inexistant. On dit que les sorciers, ou les magiciens de pacotille, nous représentent par des images auxquelles ils infligent de mauvais traitements, et obtiennent, grâce à quelque transfert astral, que ces mauvais traitements se répercutent en nous. L'ennui m'apparaît, dans une transposition sensible de cette image, comme le reflet malfaisant des sorcelleries de quelque démon du royaume des fées, agissant, non pas sur une image de moi-même, mais sur son ombre. C'est sur l'ombre la plus intime de moi-même, à l'extérieur du dedans de mon âme, que l'on colle des bouts de papier ou que l'on plante des aiguilles. Je suis semblable à l'homme qui avait vendu son ombre, ou plutôt semblable à l'ombre de celui qui l'avait vendue.

L'ennui... Je travaille beaucoup. J'accomplis ce que les moralistes de l'action appelleraient mon devoir social. J'accomplis ce devoir, ou ce destin, sans grand effort, sans mésintelligence notable. Mais, tantôt en plein travail, tantôt au beau milieu de ce repos que, selon les mêmes moralistes, j'ai bien mérité et que je devrais savourer - mon âme déborde soudain d'une inertie fielleuse, et je suis las, non pas du travail accompli ou du repos, mais de moi-même.

Fernando PESSOA